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C A P S U L E S
20e anniversaire
 

août 2026

Capsule n°8:
« Millésimes et crus d’exception : prestige,     prix et mémoire »

juillet 2026

Capsule n°7:
« Les crus : ces villages qui ont la cote »

juin 2026

Capsule n°6:
« Les millésimes: entre garde, rareté et    diversité »

mai 2026

Capsule n°5:
« Millésimés vs non millésimés : trajectoires    distinctes, évolution partagée »

avril 2026

Capsule n°4:
« Notre corpus : miroir d’une Champagne    en pleine mutation »

mars 2026

Capsule n°3:
« Ce que vingt ans de dégustations révèlent    du corpus »

février 2026

Capsule n°2:
« Le secret du dosage »

janvier 2026

Capsule n°1:
« Une aventure collective »

" Vingt ans déjà "

 


Août 2026: Capsule n°8
« Millésimes et crus d’exception : prestige, prix et mémoire »

Après avoir analysé la fréquence et la diversité des millésimes présents dans notre corpus de 281 champagnes, nous cherchons à déterminer si la décision de millésimer un vin, lorsque les conditions climatiques le permettent, dépend de la qualité du terroir telle qu'elle est définie par l'échelle traditionnelle des crus : grands crus (GC, 100 %), premiers crus (PC, 90 à 99 %) et autres crus (AC, 80 à 89 %). Si le prestige du terroir guide réellement cette décision, on s'attendrait à ce que les cuvées millésimées provenant des villages les plus réputés soient à la fois plus fréquentes et plus chères.

Parmi les 118 millésimes dégustés, les AC dominent (58 %), suivis des GC (33 %) et des PC (9 %). Les 163 cuvées non millésimées présentent une structure comparable : les AC y sont majoritaires (66 %), tandis que les GC et les PC se partagent les 34 % restants (16 % et 18 %). La composition générale du corpus demeure donc stable, mais les millésimes se distinguent par une présence accrue des GC.

L'évolution des deux dernières décennies renforce cette impression. Entre 2006-2015 et 2016-2025, le nombre de cuvées millésimées augmente nettement (5365), porté par une progression marquée des GC (24 %40 %), tandis que les PC restent stables à 9 %. Les non-millésimés reculent (8875), mais la répartition GC/PC demeure inchangée (environ 17 % chacun). Tout indique que la décision de millésimer un champagne favorise les terroirs les plus prestigieux.

Les millésimes sont en moyenne plus onéreux (425 $) que les non-millésimés (230 $), et leurs prix augmentent d'une décennie à l'autre sous l'effet combiné de la rareté et de l'inflation. Toutefois, la hiérarchie des terroirs ne se reflète pas toujours dans les prix. Dès la première décennie, cette logique s'atténue : les GC millésimés sont certes les plus chers (111 $) mais les AC (87 $) dépassent les PC (66 $). Dans la seconde, la hiérarchie se brouille davantage : les PC millésimés (232 $) surpassent désormais les deux autres catégories, toutes deux repassées sous la barre des 200 $. La faible taille de l'échantillon des PC millésimés, dont les deux tiers affichent des prix très élevés, fait grimper la moyenne.

Ainsi, les cuvées millésimées rehaussent certains crus et influencent sensiblement leur prix. Cependant, l'interprétation des chiffres requiert de la prudence : la rareté, la réputation du producteur et la taille des échantillons comptent autant que le terroir lui-même. Pour nous, amateurs, la dégustation partagée demeure le meilleur moyen de saisir toute la portée du champagne, même lorsqu'il est cher, et de nourrir ainsi la mémoire collective de la Fratrie.

Johanne Delisle
Johanne Delisle Chroniqueuse