" Vingt ans déjà "

Février 2026: Capsule n°2
« Le secret du dosage »
Parmi les 281 champagnes dégustés au cours des vingt dernières années (hors doublons et autres vins effervescents), certaines dénominations se distinguent en fonction de la quantité de sucre ajoutée lors du dosage final, après le dégorgement, appelé « liqueur d’expédition », « liqueur de dosage » ou « dosage ». Ce sucre, issu de la canne ou de la betterave à sucre à racine blanche, permet d’ajuster l’équilibre entre vivacité et rondeur, révélant ainsi toute la subtilité du champagne.
Les champagnes dégustés se répartissent en trois principaux types de dosage :
- Brut : 6 à 12 g/l, les plus répandus et appréciés pour leur harmonie;
- Extra-brut : 0 à 6 g/l ; plus vifs et cristallins;
-
Brut nature : aucun sucre ajouté, ≤ 3 g/l résiduel, parfois nommé « zéro dosage », « non dosé », ou « ultra brut ».
Dans l’ensemble, 59 % des champagnes dégustés étaient des bruts, contre 20 % d’extra-bruts et 21 % de bruts nature. Toutefois ces proportions ont évolué :
- Première décennie (2006-2015) : 79 % de bruts ; 12 % d’extra-bruts ; 9 % de bruts nature ;
- Seconde décennie (2016-2025) : 39 % de bruts, 29 % d’extra-bruts ; 32 % de bruts nature.
Les bruts reculent donc de 40 points, tandis que les extra-bruts et les bruts nature progressent respectivement de 17 et 23 points.
Un exemple de notre corpus illustre ce basculement : Le Lahertes-Frères, Ultradition, dégusté en 2015 comme brut à 9 g/l, puis en 2025 comme extra-brut à 5,4 g/l.
Cette préférence croissante pour les champagnes peu ou non dosés s’explique en partie par le réchauffement climatique : des vendanges plus précoces donnent des raisins plus mûrs, dont l’équilibre se fait naturellement sans recours à la liqueur de dosage. Elle traduit également l’évolution des goûts vers des champagnes plus purs, moins sucrés et perçus comme plus sains.
Le terroir, amplifié par le climat, offre ainsi des vins plus expressifs, plus amples et d’une fraîcheur retrouvée : autant de qualités qui enchantent nos verres et nos palais.

