" Vingt ans déjà "

Mai 2026: Capsule n°5
« Millésimés vs non millésimés : trajectoires distinctes, évolution partagée »
Deux mondes coexistent en Champagne : les millésimés, instantanés d’une année, et les non millésimés, ou « bruts sans année » (BSA), pierre angulaire des grandes maisons. Entre la première décennie (2006-2015) et la seconde (2016-2025), les 281 champagnes dégustés montrent une progression des millésimés (53 → 65 ; 42 % du corpus) au détriment des non millésimés (88 → 75 ; 58 % du corpus). Ce rééquilibrage, révélé par nos dégustations, témoigne d’une montée en puissance des cuvées de caractère et d’un repositionnement des assemblages classiques.
Chez les millésimés, la bascule des dosages est spectaculaire : les bruts reculent fortement (- 51) tandis que les extra-bruts (+ 24) et les bruts nature (+ 27) progressent. Les profils gagnent ainsi en tension, acidité et minéralité. Les non millésimés suivent cette tendance de manière plus graduelle : recul des bruts (- 31) et progression des dosages faibles (+ 10) et très faibles (+ 21). Cette convergence traduit une recherche générale de précision et de fraîcheur dans l’ensemble du corpus.
Sur les styles, les trajectoires divergent. Les millésimés diversifient leur architecture : les assemblages reculent (70 % → 49 %), les blancs de noirs progressent (2 % → 11 %) et les blancs de blancs s’affirment (28 % → 40 %). En revanche, les non millésimés stabilisent la signature maison : les assemblages restent majoritaires (65 % → 60 %), les blancs de blancs reculent légèrement (24 % → 21 %) et les blancs de noirs progressent (11 % → 19 %). Deux logiques se complètent : l’expression du terroir pour les millésimés et la continuité de la marque pour les non millésimés.
Côté cépages dominants, le chardonnay s’impose dans les millésimés (49 % → 60 %) et le meunier fait son apparition (0 % → 6 %). Dans les non millésimés, le meunier s’affirme (14 % → 31 %) et le chardonnay reste stable autour de 41 %. Dans les deux catégories, le pinot noir recule d’environ 18 points. Le portrait des cuvées évolue : chardonnay en hausse, pinot noir en retrait et meunier en expansion.
Ces mutations renforcent les identités : le chardonnay affine les profils et stimule l’essor des blancs de blancs tandis que le meunier apporte de la rondeur aux assemblages et garantit la tenue des blancs de noirs. Millésimés ou non, tous participent à une évolution partagée qui redessine le portrait des 281 champagnes du corpus.

Johanne Delisle
Statisticienne

